lundi 21 janvier 2019

APPROCHE PAR LES NEUROSCIENCES

  INTRODUCTION

La bonne compréhension du circuit neuronique de renforcement par ou sans addiction passe par celle de la signalisation cellulaire chimique contrôlant les processus de la motivation.

La fente synaptique assure fonctionnellement la conversion d'un potentiel d'action déclenché dans le neurone présynaptique en l'exocytose d'une vésicule contenant des neurotransmetteurs d'une même classe dont une fraction sera capturée par les récepteurs postsynaptiques des cellules voisines.

En effet, pour éviter que la stimulation du neurone postsynaptique ne se prolonge, deux systèmes régulent la transmission du neurotransmetteur en l'éliminant partiellement de l'espace inter-synaptique:
- la dégradation, qui met en jeu des enzymes spécifiques métabolisant le neurotransmetteur,
- la recapture à l'aide des transporteurs moléculaires sélectifs localisés dans la membrane présynaptique.

 Il en va ainsi du neurotransmetteur dopaminergique, excitateur, transportant la dopamine (DA),  molécule biochimique coordonnatrice de plusieurs processus neurologiques: la motivation par le plaisir et sa mémorisation. En excès, la DA engendre des troubles psychotiques.

L'inhibition des DA-transporteurs sous l'action d'un psychotrope comme la cocaïne entraîne la dépendance.

1ère PARTIE:  ANALYSE NEUROLOGIQUE DE L'ADDICTION COMPORTEMENTALE

Les projections dopaminergiques qui trouvent leur origine dans l'aire tegmentale ventrale (ATV) du mésencéphale ont pour cible le noyau accumbens (Nac), petite zone cérébrale située à l'extrême pointe du striatum ventral, à l'interstice entre le noyau caudé et le putamen impliqué dans les processus d'apprentissage et de contrôle des mouvements.

 Le Nac interfère avec le système limbique:
- l'amygdale impliquée dans les processus émotionnels (détection du plaisir, réactions automatiques à la peur)
- l'hippocampe impliqué dans la formation et conservation de la mémoire épisodique à long terme.

Ce réseau de neurones impactant le système nerveux central constitue un circuit de renforcement pour un comportement  addictif précis si ce dernier impulsif, incontrôlable se reproduit en générant une réponse croissante du système limbique malgré la pleine conscience du sujet de son impact négatif, que cela soit sur sa propre santé ou son environnement social. Ses critères relèvent du domaine de la  psychiatrie.

A contrario, un circuit de renforcement cognitif comme celui des convictions fait appel aux fonctions supérieures corticales indépendamment de toute addiction. Le couple itératif (motivation-plaisir) restant sous contrôle forme le circuit de la récompense.

remarque: il existe d'autres ligands que la dopamine avec les récepteurs postsynaptiques pour constituer un circuit de renforcement dans le domaine des activités.

Au-delà du temps passé sur internet qui s’avère parfois très long, des problèmes d’ordre psychique et somatique peuvent survenir à l'adolescence en cas de recours excessif aux réseaux sociaux: troubles du sommeil, irritabilité, en conjonction avec la baisse du niveau scolaire, difficultés rencontrées avec les parents du fait d'un changement comportemental de leur enfant élaboré progressivement à partir des like postés par des correspondants choisis à leur insu...

La pratique intensive des jeux vidéo peut s'accompagner de prises de substances psychoactives et augmenter le risque de sédentarité.

La mémoire sémantique et la mémoire épisodique constituent le système de représentation consciente à long terme. La première permet l’acquisition de concepts, de connaissances générales ; la deuxième se réfère à des événements vécus avec leur contexte émotionnel.

En connexion avec l’hippocampe, le contenu de la mémoire épisodique peut être altéré par les glucocorticoïdes dans une phase de stress correspondant à la capture de l'information avec une diminution de l’efficacité du contrôle frontal, du fait de connexions anatomiques encore relativement peu développées chez l'adolescent.

L'addiction est consolidée par les séquences courtes et fréquentes de stress.

Dans un premier temps, la première réponse de l'organisme au stress est effectuée par l'axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien pour maintenir son homéostasie interne.

Elle est facilitée par la libération d'acétylcholine (ACh) du prosencéphale sous-frontal (PSF). Ce neurotransmetteur, cou­plé à  l'activité neuronale, provoque la dépolarisation de neurones corticaux excités, donc l'accroissement de la réponse neuro­nale au sein du système nerveux sympathique.

En situation de stress, l'hypothalamus sollicité au niveau de son noyau paraventriculaire (PVN) intégrateur des fonctions neuroendocriniennes et homéostatiques du système nerveux autonome de par ses afférences avec le locus coerulus, produit des hormones CRH (Corticotropin  Releasing  Hormone).

Celles-ci, par leur action sur l'hypophyse, provoquent la libération de l’hormone corticotrope ACTH qui agit  sur la glande corticosurrénale  diffusant en retour du glucocortisol. L'élévation du taux de cortisol va freiner le système par rétrocontrôle négatif pour maintenir l'homéostasie interne de l'organisme. Une sécrétion anormalement élevée de cortisol lors d'un stress chronique peut toutefois entraîner la dégénérescence neuronale - donc volumétrique- de l’hippocampe.

En parallèle, le locus coerulus très sensible aux stimuli internes ou externes à l'organisme  produira une décharge de noradrénaline, un neurotransmetteur, dans le système nerveux sympathique.

Dans un second temps, les fonctions du cortex préfrontal, région impliquée dans la prise de décision, du cortex orbitofrontal, du cortex cingulaire antérieur prendront le relais pour apporter une réponse adaptée aux situations d’incertitude, d’imprévisibilité et de risque.

- Le cortex préfrontal (CPF), centre de commande des facultés cognitives, coordonne par ses prises de décisions l’activité d’autres aires cérébrales. L’adaptation du comportement humain aux situations nouvelles ou complexes dépend des propriétés anatomiques, physiologiques et fonctionnelles du cortex préfrontal et de ses interactions avec d’autres régions. Son implication est essentielle dés l'enfance pour l'obtention d'une plasticité du cerveau cohérente avec l'apprentissage. La maturation du cortex préfrontal latéral (CPFL) associé à l’élaboration de processus cognitifs complexes comme le raisonnement abstrait correspond toutefois à la tranche d'âge de 18 à  25 ans.

- Le cortex orbitofrontal est impliqué dans les processus affectifs et motivationnels, à savoir le contrôle du système limbique constitué en particulier l’amygdale, l’hippocampe.

- Le cortex cingulaire antérieur est impliqué dans l’auto génération des comportements par la détection  et discrimination des conséquences négatives ou positives des choix principalement pendant la phase d’exploration. Le contrôle de l'addiction lui échappe.

Les connexions du cortex préfrontal à l'amygdale, premier relais de l'information sur les stimuli sensoriels, permettent aussi d'exercer un rétrocontrôle conscient sur l'agressivité ou la peur en réaction au stimulus du stress, celles à l'hippocampe d'extraire de l'expérience du passé une réponse adaptée à partir du faisceau  cortico-spinal. Ce dernier se projette dans plusieurs noyaux hypothalamiques et intervient préférentiellement dans le contrôle de la motricité volontaire.

2ième PARTIE:  SON TRAITEMENT A PARTIR DES NEUROTRANSMETTEURS

La recherche médicale, pour résorber les pathologies (maladie d’Alzheimer, celle de Parkinson, schizophrénie,  troubles cognitifs) dues à l'action psychosomatique des neurotransmetteurs sur l'organisme (système limbique, contrôle moteur, cortex frontal), a conduit à leur classement par voies en ciblant les récepteurs synaptiques: pour la dopamine, les voies méso-limbique, nigro-striée, méso-corticale.

Cette approche méthodologique, d'ordre pratique pour la biochimie, ne reflète pas totalement la réalité car les principaux neurotransmetteurs- l'acétylcholine, la dopamine, le GABA, la noradrénaline, la sérotonine et le glutamate - interfèrent simultanément sur l'anatomie pour maintenir son homéostasie en réaction à un changement de contexte de son environnement. Les effets secondaires des traitements doivent être pris en considération lors du lancement commercial de nouveaux médicaments par voie de presse.

Il a été détecté des neurones contenant du GABA (acide amino-butyrique) dans l'aire tegmentale ventrale (ATV) d'où provient la dopamine. Les neurones GABAergiques ont une fonction inhibitrice du glutamate, précurseur principal du GABA, dans le système nerveux central en empêchant son excitation prolongée.

Autre exemple plus évocateur: dans la maladie de Parkinson, la signalisation cellulaire chimique est complexe du fait de la coexistence de récepteurs neuroniques inhibiteurs (D2,GABA) et excitateurs (glutamate, D1) impactant le thalamus situé en position intermédiaire entre cortex et tronc cérébral.

Plus précisément, les récepteurs de la dopamine sont classés en deux familles suivant l'effet sur le réseau neuronique dépendant du type de protéines G auxquels ils sont couplés:
- famille D1 sous-types D1,D5, élévatrice par réactions en chaîne du niveau de fréquence d'émission des potentiels d'action,
- famille D2 sous-types D2,D3,D4, inhibitrice de l'exocytose.

Les récepteurs postsynaptiques GABA d'un type A sont caractérisés par un récepteur-canal contrôlant l’ouverture ou la fermeture d’un canal ionique traversé par des ions-chlores chargés négativement, ce qui a pour effet de diminuer le potentiel d'action du neurone par hyperpolarisation, par voie de conséquence du réseau neuronique en aval.

Quand la dopamine dans les noyaux gris centraux (NGC), structure planifiant le contrôle des mouvements en canalisant l'information vers la zone frontale et les voies motrices, est sécrétée en trop petite quantité, son contenu dans le striatum s’effondre. Le noyau subthalamique dans sa fonction de relais et d'intégration des efférences motrices des structures des noyaux gris centraux ne peut plus activer le cortex moteur.

La mise au point biochimique d'antagonistes thérapeutiques D3, l'un des récepteur neuronique inhibiteur de l'exocytose pour la dopamine, devrait améliorer -semble-t-il le traitement des symptômes cognitifs.

POUR CONCLURE

Une approche pour vaincre une addiction comportementale récidivante en dehors de la prise en charge médicamenteuse consiste:

 - d'une part, à évacuer le stress par un exercice de méditation de pleine conscience au moment précis où le système limbique est sollicité par le stimulus  provoquant  la libération de dopamine avant même l'acte addictif,

- d'autre part, se constituer un circuit de renforcement cognitif faisant appel aux fonctions supérieures corticales. Cela nécessite d'exercer un rétrocontrôle conscient autocritique à partir de la mémoire épisodique pour analyser la conduite d'évitement ayant donné naissance à  l'addiction et élaborer la stratégie contraignante de comportement de substitution en conséquence.

Les étapes en pratique:

- prise de conscience de l'addiction avec ou sans substance (tabac, drogues, jeux pathologiques...) et de ses manifestations,

 - Analyse critique des facteurs déclencheurs (état anxieux,  déséquilibre alimentaire, isolement relationnel...). A titre d'exemple: admettre que  ne pas avoir toujours son téléphone portable "à portée d'oreille" pour manquer un appel - la  nomophobie - renforce l'isolement relationnel, donc l'addiction, ce qui n'est pas l'empathie cognitive recherchée en vue de canaliser le ça Freudien.

- Mise en place d'une stratégie d'évitement en effaçant de la mémoire épisodique les souvenirs agréables et , par association, tous les détails de l’environnement attachés  à l'addiction par substitution avec ceux d'une autre pratique incompatible avec la dépendance et, surtout,susceptible d'être rigoureusement planifiée.

 Sur le plan psychologique, chaque évitement renforce le contrôle de soi à travers le sur-moi, consolidant ainsi le respect de sa propre personne et le désir de lutter.

 La stratégie d'évitement induite par un comportement volontariste de substitution doit être le point de départ de réduction de la dissonance cognitive par la conscience d'un manque d'intérêt lors d'une mise en situation physique soutenu par le sentiment essentiel de liberté de choix.

C'est l'objectif de la thérapie cognitivo-comportementale (en abrégé TCC), forme de psychothérapie particulièrement  adaptée pour le traitement des phobies et des addictions en mettant l'accent sur l'importance des propres schémas de pensée des patients confrontés aux  perceptions des désordres  et comportements sous-jacents en vue de les contrôler.

En conséquence, le patient complétera utilement la stratégie d'évitement par la pratique régulière d'exercices de scenarii cognitifs: se mettre graduellement par la pensée en situation face aux facteurs supports de la dépendance psychique (achats compulsifs, jeux vidéo, réseaux sociaux...) ou biochimique (drogue, sucre...), réfléchir au véritable intérêt pour soi-même, en se concentrant sur les  inconvénients croissants de mise en œuvre et le plus important, se voir renoncer -toujours mentalement- à  l'acte pour une prise en compte par l'hippocampe de leur espacement temporel. L'habitude sera ainsi maîtrisée.

A titre d'exemple: pour les achats compulsifs, se rendre mentalement dans son centre commercial  favori, parcourir  toutes les allées en sélectionnant, sans retenue, les articles  et les reposer  au fur et à mesure dans le rayon après réflexion en mettant en avant la complexité de la notice d'utilisation pour l'informatique,  la DLC pour les produits alimentaires, leur inutilité de retour au domicile créant des difficultés de stockage, la dépense qui aurait pu être consacrée aux loisirs etc...L'achat compulsif laisse la place à l'achat raisonné.

 Bon à savoir: les techniques actuelles de marketing sont axées sur l'addiction aux nouvelles technologies et sur la croyance auprès des consommateurs à une politique de prix avantageuse:

-gratuité affichée en gros caractères régie par des clauses contractuelles en petits caractères, car elle est en règle générale subordonnée à une période d'engagement contractuel ferme. Le prix de la même prestation payée comptant en totalité peut être inférieur. Pour être bien informé des droits du consommateur auprès d'un organisme officiel, confert  https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/N24033

-effet psychologique de l'arrondi. Exemple: 9.99 € au lieu de 10,00 €. Pour maîtriser son budget: prendre l'habitude dans chaque surface commerciale d'arrondir le prix des articles à l'unité supérieure (ici 10,00 €) que l'on additionnera mentalement au fur et à mesure pour obtenir la borne supérieure du paiement en caisse.

- réduction de 50% par exemple sur le deuxième article. A retenir: auparavant, le prix de revient du premier article a été révisé à la hausse. De combien? Le maximum de profit en concurrence parfaite pour un article est obtenu quand son prix est égal au coût marginal. Le client n'achetant pas deux articles avec 50% de réduction sur le deuxième payera l'article 1.33 plus cher  (simple règle de trois). Cette promotion n'altère pas la marge bénéficiaire du vendeur et donne l'apparence d'un effort commercial à l'acheteur.

Le traitement des phobies est plus complexe car il dépend étroitement de l'environnement. Prenons le cas de l'arachnophobie. La mise en contact épisodique volontaire par le toucher avec un insecte nuisible d'appartement à l'aspect visuel moins terrifiant  -rampant ( fourmi, cafard, cloporte...) ou volant (mouche, moustique, mite ...)  - constituera une amorce de guérison.  Le scénario cognitif consistera à se voir enlever les toiles d'araignée avec une brosse de ménage dans un souci exigeant de propreté, comprendre que la fuite consécutive de l'araignée est un signe de la peur de l'homme le tenant à l'abri de toute morsure urticante.

En phase finale, le cortex cingulaire antérieur, impliqué dans l’auto-génération des comportements par  anticipation de la récompense, n'amorcera plus la phase de compulsion prélude à l'addiction par manque de motivation consciente de l'individu. Paradoxalement tous les souvenirs agréables attachés  à l'addiction ayant été effacés des structures limbiques, il peut naître une aversion de l'ancienne pratique issue de son rejet volontaire, par exemple:  ne plus supporter pour un fumeur "repenti"  l'odeur de la cigarette ; éliminer systématiquement de son alimentation le chocolat ; pour un supporter sportif, ne plus regarder les matchs de foot à la télévision etc...

 L'addiction comportementale en réaction à l’anxiété sociale - perte de l'estime de soi par la conviction d'absence de reconnaissance sociale - doit être contrecarrée au plus tôt.  Ce mal-être, avant-coureur de la  schizophrénie, peut nourrir une dépression conduisant aux idées de suicide renforcées par la prise de psychotropes et à des comportements psychotiques. Le cortex orbitofrontal latéral, le gyrus frontal inférieur ne participent plus à l’inhibition et à la modification des réponses comportementales en présence des signaux sociaux négatifs comme les remarques désobligeantes.

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date de rédaction: février 2018. mise à jour: janvier 2019

Avertissement: 

L'interprétation comparative des textes d'auteurs n'étant pas l'objectif du présent exposé, il n'a pas été fait référence ici au contenu de leurs publications. Par ailleurs, l'auteur n'a pas souhaité s'inscrire sur les réseaux sociaux.

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liens externes:

L’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM) est un établissement public à caractère scientifique et technologique français spécialisé dans la recherche médicale. Ont été sélectionnées deux  publications à l'attention du grand public,  protégées par les droits de propriété intellectuelle, ayant trait aux phénomènes d'addiction.

https://www.inserm.fr/information-en-sante/dossiers-information/addictions

http://presse.inserm.fr/conduites-addictives-chez-les-adolescents-une-expertise-collective-de-linserm/11035/